Le dernier loup

Voilà un film intéressant à plus d'un titre :

  • Décors grandioses
  • Scènes animalières superbes
  • Message écologique

Et pour autant, tout aussi décevant.

Les presque 500 pages du livre "Le Totem du loup" dont est inspiré le film sont très très librement adaptées par le cinéaste français Jean-Jacques Annaud (http://jjannaud.com/). Le dernier loup dure 1h50 pourtant, mais j'ai trouvé qu'il n'arrivait pas à retranscrire l'essence du livre. Et le caractère presque sacré de l'histoire originale, si on y adhère, se trouve en quelque sorte profané par cette adaptation cinématographique.

Ainsi, dans le désordre et de manière non exhaustive, les scènes suivantes ne correspondent pas entre les deux :

  • la romance entre Chen et Gasma
  • les circonstances de la capture du louveteau
  • l'accident de Bayar et l'attaque du louveteau par les Mongols
  • les causes de la mort du vieux Bilig
  • La fin du film comparée à celle du récit papier
  • Le message religieux Mongol
  • La situation politique entre la Chine et la Mongolie en 1967 et les années suivantes

Bien entendu, certains écrits sont très difficilement transposables en images dans le cadre d'un film "grand public" : comment retranscrire à l'écran toutes ces pages durant lesquelles les personnages admirent et observent les grandes steppes (et surtout celle d'Olon Bulag)  mongoles et leurs habitants ?

Tout comme la mise en lumière des loups, dont la retranscription de leur sagacité et ingéniosité n'est pas possible à l'écran. Les nombreux ralentis cinématographiques permettent d'admirer leur aspect physique, et les scènes de chasse leur rapidité et leur méthodologie, mais ça s'arrête là.

Le caractère religieux du roman n'est pas suffisamment montré à l'image, alors qu'il transpire dans chaque paragraphe : tout l'équilibre de l'écosystème Mongol repose sur les loups.

En effet, le trésor des steppes est l'herbe, qui permet de nourrir les troupeaux. Tout l'univers nomade des Mongols repose sur cette richesse des pâturages. Mais de nombreux animaux sauvages disputent aux bêtes à demi-domestiquées les faveurs des prairies et plaines herbeuses :

> Les rats, qui ont besoin de réserves de fourrage en hiver, qu'ils coupent et font sécher devant leurs trous, et ces petits tas verts s'étendent dans le livre à perte de vue;

> Les marmottes, qui en creusant de plus grosses galeries sont des pièges terribles pour les sabots des chevaux et leurs cavaliers (et qui convoitent aussi l'herbe)

> Les lièvres, qui participent également à la tonte de la prairie;

> Les loups, qui se nourrissent des animaux mentionnés ci-dessus, mais aussi des moutons ou des chevaux élevés par les Mongols;

> et enfin ce bétail (moutons, bœufs, chevaux) qui a d'énormes besoins en pâturages.

> Les Mongols et leurs chiens, tout comme les loups, se nourrissent aussi de ce que leur laisse l’ennemi : des restes de mouton ou de poulain égorgés, les dépouilles humaines de vieux pasteurs dont l'âme va pouvoir accéder à Tengger grâce à l'esprit du loup...

L'ordre des choses est donc ainsi : tout est inextricablement lié et pourtant très simple.

Alors lorsque les agriculteurs arrivent avec leur mode de vie sédentaire et vont bouleverser cet ordre en s'attaquant naïvement mais brutalement aux loups, le déséquilibre ainsi causé va défigurer ces contrées...

En résumé, le dernier loup est un beau film d'images qui j'espère donnera envie aux spectateurs d'en savoir plus et de lire le roman pour s'imprégner réellement du message délivré (que je ne dévoile pas dans cette critique mais qui vaut son pesant de réflexion).