Pourquoi l'ouvrir quand ça ajoute du bruit ?

Parce qu'à un moment, il faudrait que les principaux acteurs émetteurs de ces clichés soient informés du gavage médiatique qu'ils nous font subir.

Plus une seule offre d'emploi dans le "digital" sans qu'un des termes suivants soit mentionné : (je les ai classé par ordre décroissant)

  1. Babyfoot
  2. Agilité
  3. Barbecue
  4. Team Building
  5. Bataille de Nerf

[Selon la philosophe prônée par la boîte, le barbecue peut se voir remplacé par le panier de fruits frais, le nerf par la planche à palets.]

L'univers start-up est souvent un condensé de termes marketing à l'américaine, comme "solutions full-web efficientes et engageantes" développées en mode intégration continue par une team d'experts et consultants jeunes et dynamiques au top, utilisant un stack technologique dernier cri.

Le problème, c'est que la réalité est trop souvent différente de ces tableaux idylliques vendus par les chasseurs de tête en manque de ressources humaines.
Dans un environnement technologique très mouvant, la course au dernier framework à la mode est en fait une course aux revenus (car il s'agit de créer non pas seulement un framework, mais l'écosystème qui va avec : centre de formation, certifications, communautés et modes collaboratifs avec incitation et récompense, objets éducatifs (livres, vidéos, podcasts...) et produits dérivés (études de cas, retour d'expérience, talks, meetups, lunchwork, coding goûter, afterworks et autres conférences qui permettent de générer de la visibilité, et donc directement et indirectement de la reconnaissance et des revenus)).

Partant de ce constant, (de plus en plus) nombreuses sont les boîtes qui se lancent avec ce business model : éditeur logiciel, intégrateur, coach-incubateur-accompagnateur. Chacun a donc intérêt à promouvoir son produit / service et à travailler son réseau de façon à l'interfacer avec un maximum d'autres acteurs numériques.

Difficile, dans ce cas, de rester concentré pour un recruteur IT : Quel langage informatique est-il le plus recherché ? par les entreprises ? Par les candidats parfois en mal d'exotisme ? PHP serait-il dépassé ? Un client final recruteur est-il plus attractif s'il utilise Python, Go ou Scala

La même chose pour l'environnement de développement et les processus : fini le cycle en V ? Has-been le cahier des charges de 150 pages fourni en tout début de projet ? Faut-il être agile envers et contre tout, poster des photos de développeurs en plein DSM devant un scrumboard ? Plébisciter Jira, Trello et Slack ? Mentionner la bienveillance comme ADN de la société ?

On en arrive donc à une surenchère où l'agencement des locaux/bureaux est AUSSI un facteur d'attractivité à part entière.

La vente de rêve dans le recrutement

Le job de rêve de tout développeur ou acteur du numérique se résumerait-il donc à ça :

  • Projets sympas, innovateurs, utiles, valorisants (toi aussi ton job va consister à améliorer le monde),
  • Dans des bureaux à la déco topissime, réalisée par une agence spécialisée pour cela et qui a déjà fait l'aménagement de tous les leaders du secteur,
  • Au sein d'une équipe soudée, dynamique et qui sait aussi s'amuser,
  • En utilisant des technologies qui risquent de faire un carton demain (mais à peine sorties de leur version beta hier),
  • Conduits par des process Lean et Agiles, Scrum et Kanban...
Mais, mais, mais...

Et le salaire dans tout ça, on en parle ?

Ou bien alors l'employeur investit dans le "pack attractivité startup 3.0" décrit ci-dessus en espérant réduire tous les salaires de 30% grâce à l'attractivité gagnée ?
Et puis, l'épanouissement mis en avant par les "Chief Happiness Officer" est-il en phase avec les attentes des candidats ? La génération Z serait-elle tellement déconnectée des précédentes qu'elle croit vraiment ces histoires de bien-être au travail qui passe par toute cette théâtralisation ? La réalité n'est-elle pas qu'il est possible, au travail, d'avoir :
  • des clients relous, pressés, radins, malpolis
  • des collègues sexistes qui ne pensent qu'à s’empiffrer de hamburgers et qui passent leur temps à jargonner et geeker
  • un local en pleine zone industrielle avec le périph' en fond sonore
  • des bureaux avec des postes informatiques qui datent de 3 ou 4 ans, des fauteuils dont les roulettes sont cassées et de la moquette tâchée 
  • des projets qui sont toujours livrés bien hors délais, et dont une part non négligeable finit par être abandonnée 
  • une vision et une direction qui changent en fonction du sens du vent

Et donc, qu'on a le droit de ne pas être complètement épanoui au travail, de pester contre un collègue, de fulminer contre un client, dans les métiers du numérique comme ailleurs ?

Allez voici deux liens éclairants sur le sujet du Bullshit au travail, et du Bullshit sur le web :

jobs inutiles, sept. 2018

https://recruiters.welcometothejungle.co/fr/articles/bullshit-jobs-a-theory-par-david-graeber
https://pxlnv.com/blog/bullshit-web/