The Dead don't die

Sortie en France : ce mercredi 15 mai 2019.

Jim Jarmusch, le réalisateur qui avait présenté l'excellent film Dead Man en 1995 pour l'ouverture du festival de Cannes, est cette fois-ci venu sur la croisette ouvrir la 72ème édition de la célèbre compétition cinématographique (21 films à affronter le Jury jusqu'au 25 mai) accompagné par :

  • Bill Murray (incarne Cliff Robertson),
  • Tilda Swinton (incarne Zelda Winston),
  • Adam Driver (incarne Ronald Peterson),
  • Chloë Sevigny (incarne Minerva "Mindy" Morrison),

Note à l'attention de nos fidèles lecteurs : Pourquoi ces acteurs ont-ils tous des noms de personnages qui se terminent en "on" ? S'agirait-il d'une private joke ?

  • Nick Cave
  • Selena Gomez (incarne Zoé)
  • Steve Buscemi
  • Danny Glover
  • Rose Perez
  • Carol Kane
  • Tom Waits
  • RZA

acteurs humains faisant face à une horde de zombies dans le film (The) Dead Don't Die (DDD). D'autres acteurs connus sont passés devant sa caméra, mais dans le camp des morts-vivants, comme

  • Iggy Pop en zombie caféiné.

Keep America White Again

Tel est le sloggan qu'un des acteurs arbore fièrement sur sa casquette. Un hommage vibrant à l'Amérique de Donal Trump. Mais ce qui se passe à Centerville (là où tout se passe, donc) n'est pas la suite logique d'un "Make Our Planet Great Again"...

Revanche des morts sur les vivants

A plusieurs reprises, avec ou sans la narration en voix off du vieil ermite (interprété par Tom Hanks), les zombies s'en prennent aux représentants vivants de ce qui fût leur quotidien (boutique de bricolage, diner café) et réclament leurs drogues au sens propre comme au figuré (xanax, wifi, chardonnais au rabais, bonbons, café... on peut même entendre un zombie appeler l'assistant vocal Siri).

Quant au fermier (Miller interprété par Steve Buscemi) très cliché américain du début du film, il se fait tailler en pièces une première fois par des morts-vivants, devant l'ermite qui y voit là une justice (tout en dévorant un pilon du poulet qu'il était accusé d'avoir volé), et il se fait tuer par décapitation une seconde fois, alors qu'il est devenu zombi lui-même, par le shériff qui lui dit en lui tirant dessus qu'"il n'a que ce qu'il mérite". Double peine pour Miller, donc.

Jim Jarmush réalisateur et musicien

La bande son est signée Sqürl, et comprend le titre éponyme The Dead don't Die" de Sturgill Simpson. Qu'on entende le titre pas moins de six fois tout au long du film (hors générique de début et de fin) est une provocation de placement de produit. L'illustration sonore est excellente, assez minimaliste, principalement à base de guitare saturée ou avec d'autres effets.

Wake-up call dans ta faRce

Ce film est tellement simple à comprendre que beaucoup de spectateurs (cinéphiles invétérés ou non) y ont vu un cliché de film de genre ayant servi de prétexte à réunir une bande de potes. Beaucoup reprochent à la voix off portée par l'ermite de ressasser les même poncifs culpabilisants :
  • l'homme tue la planète
  • l'homme tue l'homme
  • l'homme passe son existence à faire des choses futiles alors qu'il suffit d'apprécier les détails d'un monde parfait

Les personnages du film sont des américains de classe moyenne, très moyenne : de la serveuse du diner dont le niveau de culture générale ne vole pas haut, à la policière qui croit tout ce qu'elle entend à la radio et voit à la télé (les climato-sceptiques qui expliquent que les causes du changement climatique sont bonnes pour l'économie), en passant par le gérant du motel et le fermier qui jugent à tout va sans aucun discernement... C'est une Amérique bas du front qu'on nous montre: des Etats-Unis l'eldorado est bien loin. Dans un autre registre de critique de la politique de Donald Trump, le policier adjoint clame devant une Selena Gomez en short moulant qu'il adore les mexicains, qu'il est d'ailleurs allé au Mexique deux fois... L'allusion au mur est patente.

Mais ce film ne se contente pas de faire des allusions, il crie la vérité nue à la face du spectateur : c'est le chaos et ça va mal finir. Avec l'effet de style de série B, le comique de répétition, à propos de cette phrase maintes fois répétée. Martelée, tellement qu'il ne s'agit pas de faire sourire avec un énième "ça va mal finir" alors que la voiture est encerclée de zombies. Plutôt un petit rictus qui dirait "je te le dis à toi, spectateur, encore et encore pour que tu te le rentre bien dans le crâne :

ce monde part en sucette et ne pas réagir maintenant c'est mal finir dans 5 ans.

Finalement c'est un peu comme si Jim Jarmush s'amusait à mettre le monde en abyme : des vivants dans un monde à l'agonie qui vont se distraire en regardant un film de zombies tirant la sonnette d'alarme, mais qui n'en retiennent aucune réaction, aucun sursaut, et retournent amorphes à leurs drogues le lendemain. Donc des zombies qui regardent des zombies en se croyant différents.

Happy Ending not found

Alors que faire ? Qui survit à cette apocalypse ? L'extra-terrestre qui s'enfuit en soucoupe volante... Bob l'Ermite survit-il ? la dernière scène montre clairement les zombies se diriger vers lui. Et les 3 enfants qui disent avoir trouvé une cachette ? Après la scène dans la boutique de bricolage où les deux réfugiés découvrent trop tard qu'ils n'ont pas pensé à barricader la porte de service, c'est difficile d'espérer que quiconque puisse s'en sortir.

Références cinématographiques

Toutes les critiques du film font déjà la liste des références aux maîtres du genre : Romero, etc...

J'ai trouvé que les zombies dans DDD n'étaient qu'un prétexte, absolument pas une mode, aussi mes références se tournent vers des œuvres qu'on pourrait croire totalement non corrélées :

J'ai trouvé la lenteur du film et son atmosphère assez évocatrices d'un autre film de fin du monde, de Lars Von Triers : Melancholia. Il y est question d'un astéroïde qui va entrer en collision avec la Terre. Et durant tout le film la fin semble inéluctable, les personnages s'étant fait une raison, il n'y a rien à faire pour éviter la fin du monde.

La violence des faits est bien plus évocatrice de la violence des actions ou des effets spéciaux, qui aujourd'hui s'emparent du moindre film ou série pour habiller la forme de la tête aux pieds. Dans Melancholia ou The dead Don't Die, pas de surenchère d'actions, cascades, effets spéciaux et effets sonores. Selon moi la simplicité de la mise en scène (avec les styles des réalisateurs) est bien plus efficace dans la communication du message.

L'autre référence cinématographique serait "Invasion Los Angeles : They Live" de John Carpenter. La manipulation des extra-terrestres envahissant la planète et délivrant leurs messages poussant les terriens à consommer toujours plus est très ingénieuse. Elle sous-entend que l'humain ne serait pas capable d'une telle auto-destruction, qu'il faut que cela soit le fait d'extra-terrestres. Dans DDD, finalement, Tilda Swinton est finalement comme une passeuse dans l'Au-delà, puisqu'elle est agent funéraire. On ne sait pas très..

Et après ?

Certains des acteurs pourtant importants dans le film ne sont pas venus à Cannes. Pourquoi ? Par congruence, comme Tom Waits qui interprète Bob l'ermite, et qui n'aurait pas voulu consommer (avion, hôtel, cérémonies...) ?