L'allégorie du Cargo

Dans la filmographie de Tom Hanks l'épisode "Cast Away" (http://www.imdb.com/title/tt0162222/) mettait en scène un naufragé récupéré en pleine mer sur son radeau par un cargo. Le voici maintenant capitaine d'un navire.

Consciencieux, il fait le tour de son bateau et fait remarquer à son second les manquements en terme de sécurité (les barrières anti-pirates, dont nous verrons que les chaînes n'ont aucune utilité face à un ak-47)

Tout tourne autour du Capitaine, qui est très soucieux des consignes de sécurité et des faits de piratage. Et lorsque ses craintes se concrétisent, il est déjà bien préparé.

Tout se passe donc ensuite entre les personnalités du Capitaine et du chef des pirates somaliens, Muse. Leur tête à tête, entre respect et petites fourberies, réussit à entretenir le suspens tout le restant du film.

Une version pleutre de la piraterie

Ce qui dénote un peu, c'est le manque de hardiesse des pirates qui ont pourtant fourni beaucoup d'efforts pour aborder la cargo, et qui une fois à bord ne prennent pas beaucoup d'initiatives.

Le film tient la longueur grâce à la performance des deux hommes face à face. Le dernier quart d'heure gâche malheureusement tout le travail de longue haleine qui a été fourni auparavant. En effet, on ne doute pas un seul instant de l'efficacité de l'armée américaine toujours prompte à sauver ses citoyens, mais là c'est quand même légèrement surfait. On ne compte pas les moyens militaires déployés pour sauver le capitaine Philipps. Et le passage sur les tireurs d'élite est tout bonnement digne d'un jeu vidéo, avec ralenti final sur les snipers qui regagnent l'intérieur du navire une fois l'(excellent) boulot accompli.

Note finale : bon film avec un bon jeu d'acteurs. Dommage que la morale américaine n'ait pas bougé d'un iota depuis des décennies et continue de nous infliger sa vision simpliste des choses.

L'alternative : A hijacking

Le film A hijacking (http://www.premiere.fr/film/Hijacking-3551930), sorti plus tôt en 2013, est bien plus réaliste dans le scénario. Et le film donne une part très importante à la psychologie des personnages. Il s'agit alors d'un cargo battant pavillon Danois qui se fait arraisonner par des pirates somaliens. Tous les préparatifs sont montrés rapidement, à l'inverse de la version américaine. Le cinéaste s'intéresse à ce qui se passe une fois l'équipage retenu en otage. Ce n'est plus le capitaine (malade) qui est le personnage principal, mais le cuisinier, et parmi les pirates beaucoup plus nombreux, c'est l'interprète qui joue le rôle de négociateur et de manipulateur psychologique.

Des échanges, presque des liens, vont se nouer entre les membres captifs et leurs geôliers, pendant les longs mois de négociations.

Et le rôle du dirigeant d'entreprise est interprété de façon très digne et réaliste, traversant les négociations comme un capitaine à la barre de son propre navire bravant les tempêtes.

La fin de cette version Danoise, beaucoup moins glorieuse que la version américaine, laisse le spectateur sur une note amère qui fait vite oublier les quelques instants de liesse partagée entre ces hommes de mondes différents qui ont du vivre ensemble.

Note finale : excellent. A voir APRES Capitaine Philipps.